Budgets nécessaires pour entretenir les voiries communales wallonnes : une nouvelle étude vient confirmer les besoins.

Grâce à son programme SYGERCO, proposé aux communes de la province de Namur, l’INASEP a pu ausculter plus de 1000 km de routes communales et dresser un inventaire des travaux à réaliser en fonction de leurs importances. En extrapolant à l’ensemble de la Wallonie, les résultats de cette étude, nous obtenons les moyens nécessaires pour stabiliser la situation et ensuite l’améliorer.

Les travaux-type à réaliser sont de 4 types et ont été chiffrés comme suit par l’INASEP :
– Entretien localisé ( fissure, nids de poule ) : 0,5 euro/m²
– Entretien superficiel préventif ( enduisage et schlammage ) : 5 euro/m²
– Raclage-pose : 20 euro/m²
– Reconstruction : 85 euro/m²
Après chacun de ces entretiens, la route aura retrouvé un état qualifié de bon et le gardera pendant « un certain temps » qui sera fonction de la technique utilisée et de l’intensité du trafic sur cette route.
Les routes auscultées par l’INASEP se répartissent donc en 5 catégories :

tableau-0

A la lecture de ce tableau, nous constatons que les routes en mauvais état ne représentent « que «8,5%» des routes auscultées ; mais nécessiteraient la consommation de près de 65 % de la somme nécessaire à l’entretien et la rénovation des routes auscultées.
1) Extrapolation de l’étude SYGERCO à l’ensemble du réseau wallon
Il est intéressant d’utiliser ces résultats pour estimer les investissements nécessaires à l’échelle de l’ensemble des routes communales wallonnes. En effet, la longueur des routes auscultées correspond à environ 2 % de la longueur des routes subsidiables par la Région wallonne ( 48.000 km ).

tableau-2

Si on extrapole les pourcentages de routes classées par l’INASEP dans les différentes catégories à l’ensemble de la Wallonie, si on transforme ces kilomètres de voirie en m² et si on multiplie ces m² de voirie par les coûts de leurs réhabilitations, on obtient un montant phénoménal de près de 2,7 milliards d’euro pour rénover l’ensemble des routes communales wallonnes.
Cette somme nécessaire pour la réhabilitation totale des réseaux communaux wallons, n’existe pas d’une part, et d’autre part les entreprises seraient incapables de réaliser tous ces travaux sur un court laps de temps. Enfin, il serait utopique de vouloir un réseau communal wallon qui serait bon à 100 %.

2) Priorisation des travaux à réaliser.
Cependant, très concrètement, les communes wallonnes, par les travaux subsidiées, dépensent, en moyenne, chaque année, environ 75 Meuro ( soit 85 % des 90 millions/an de travaux subsidiés ) pour entretenir leurs voiries et donc par rapport aux besoins colossaux illustrés ci-dessus, il est important de se poser les questions suivantes :

Comment ces millions sont investis ?

Sont-ils investis là où ils sont les plus utiles ?

Permettent-ils que la qualité des réseaux communaux reste stable ?

Ou, à l’inverse, est-ce que la qualité des réseaux continue à se dégrader et le pourcentage des routes wallonnes qualifiées de mauvaises, augmente d’année en année ?

Voilà des questions qu’à l’heure actuelle nous ne pouvons répondre par manque de données d’auscultations récurrentes des réseaux communaux wallons. (Notons que le SPW et la Sofico font, maintenant, ces auscultations, de manière régulière et adaptée au charroi sur ces réseaux.)

En revanche, la méthode SYGERCO, par des auscultations périodiques, peu couteuses, mais adaptées aux spécificités des routes communales, vise à aider les communes qui y font appel, à orienter les moyens disponibles vers les routes où ces moyens seront utilisés de la manière la plus optimale. C’est-à-dire avant qu’elles ne nécessitent des entretiens plus couteux que celui qui est actuellement nécessaire.

Ainsi sur base des auscultations de l’INASEP, extrapolées à l’ensemble des réseaux communaux wallons, nous pouvons scinder le montant ci-dessus en 2 montants :

– 1,7 milliards d’euro qui représentent les travaux de reconstruction des routes en mauvais état. Ces routes sont dans un état tel que ne pas réaliser de suite ces travaux n’alourdira pas de manière significative le coût de ceux-ci. Le seul risque que courent ces routes en mauvais état c’est de devoir être éventuellement fermées si leurs états continuent à se dégrader. On peut qualifier ce montant de dette cachée.

– 937 millions d’euro qui représentent le montant des travaux à réaliser à court/moyen terme. Si c’est travaux ne sont pas réalisés dans un laps de temps limité,
o pour une route qui aujourd’hui est jugée « médiocre », son état deviendra « mauvais » dans un délai de max. 10 ans, et viendra grossir le montant de la dette cachée mentionné ci-dessus
o pour une route qui aujourd’hui est jugée « moyenne », son état deviendra « médiocre » dans un délai de max 5 ans,
o pour une route qui aujourd’hui est jugée « acceptable », son état deviendra « moyen » , dans un délai de max. 3 ans.

La méthode SYGERCO permet de « prioritiser » les travaux à réaliser ( estimés ci-dessus à 937 millions d’euro ) et donc de les étaler au maximum avant que l’état de ces routes ne nécessite des travaux plus importants et donc plus couteux.

3) Estimation du budget minimal d’entretien annuel.

tableau-3

Sur base des hypothèses ci-dessus et afin que la quantité de voiries jugées mauvaises n’augmentent pas, il apparait que le montant global des travaux communaux à consacrer à ces techniques d’entretien ( estimée entre 0,5 et 20 euro/m²) soit de plus de 120 Meuro/an. Ce montant est absolument nécessaire pour stabiliser la qualité actuelle des réseaux communaux wallons. Ce montant est largement inférieur aux montants actuels des travaux de voirie subsidiés ( En moyenne 76 Meuro/an ).

Pour que ce budget d’entretien de 120 Meuro/an soit utilisé efficacement, il faut que les différentes techniques soient utilisées aux bons moments sur les tronçons présentant les dégradations qu’elles sont censées résoudre. En effet, nous devons déplorer que devant l’énormité des travaux à réaliser, devant leurs manques de moyens, les gestionnaires de voiries appliquent des types de rénovations bon marché, inadaptées à l’état réel des voiries. Ils appliquent la méthode du « cache-misère » . Ces méthodes appliquées à mauvais escient n’ont pas la durée de vie qu’elles auraient si elles avaient été appliquées selon les règles de l’art. Le problème technique ainsi dissimulé reviendra à moyen terme et l’ensemble des réparations aura couté plus cher que la réparation indiquée par les règles de l’art.

A ce stade de l’analyse, en raison du manque de moyens, ainsi que du manque de méthodologie pour effectuer les bons entretiens, aux bons moments et sur les tronçons ad hoc, nous ne pouvons que conclure que la qualité des routes communales wallonnes ne fera que se détériorer.

4) Plan de redressement de la qualité globale des réseaux communaux wallons

D’un autre côté, quand bien même les communes wallonnes investiraient les sommes nécessaires aux entretiens ( A savoir un peu plus de 120 Meuro/an selon nos estimations ), n’oublions pas que 8,5 % des routes wallonnes ( A vérifier par de véritables auscultations à l’échelle de la Wallonie) sont dans un mauvais état et nécessitent de profonds travaux de rénovation. Laisser ces routes dans cet état de dégradation ultime et ne pas avoir de plan pour résorber ce stock de reconstruction à réaliser, c’est courir le risque de devoir un jour les fermer à la circulation car devenues trop dangereuses, ou trop nuisibles pour leurs riverains.

Le volume de travaux nécessaires pour réhabiliter ces 8,5 % de voiries wallonnes en mauvais état est estimé à 1,7 milliard d’euro. Il nous semble raisonnable d’espérer résorber ce stock de voirie en mauvais état sur une durée de 20 ans. Dans l’état actuel de nos estimations, ce plan nécessiterait un investissement supplémentaire de près de 90 millions d’euro/an.

5) Conclusions

Les analyses et estimations ci-dessus sont basées sur une extrapolation de l’étude de l’INASEP réalisée sur un peu plus de 1000 kilométres de voiries communales. Il importe de valider ces extrapolations en étendant l’expérience Sygerco à l’ensemble de la Wallonie.

Sur base de ces extrapolations, il apparaît :

1° que les routes actuellement en mauvais état nécessiterait des travaux pour plus de 1,7 milliards d’euro,

2° que pour éviter un accroissement des routes en mauvais état, les communes wallonnes devraient investir un minimum de 120 millions d’euro/an et investir cette somme de la manière objective et scientifique ( quels travaux, sur quels tronçons, à quels moments ?),

3° que les travaux de voirie subsidiés annuellement par la Région wallonne sont largement inférieurs à cette somme ( 75 Meuro << 120 Meuro/an ) et que ces subsides doivent impérativement augmenter, sous peine de voir grandir la dette cachée des communes.

4° que les routes en mauvais état ne peuvent être laissées dans cet état sous peine de devoir à terme, être fermées à la circulation, et qu’un plan spécifique de reconstruction de ces voiries doit être lancé.

Les communes engagées dans un programme tel que Sygerco ( ou similaire) disposeront d’un outil qui leur permettra en fonction de l’état réel de leurs réseaux, de planifier et budgéter les différents chantiers à réaliser dans le futur, de manière à rationaliser et optimiser l’efficacité des sommes investies.

La mise en place d’un système tel que Sygerco serait la garantie pour la Région wallonne que les subsides, versés et investis dans ce cadre, seront pleinement efficaces.