Chute des investissements publics – Dossier Le Soir – La Belgique s’effrite

Le Soir du 5 mars 2016 a publié un volumineux dossier (12 pages) sur le manque d’investissements publics en Belgique. Sauvons nos routes a retenu, pour vous, les passages les plus marquants.
Bernard Demonty écrit : « Lorsque l’affaire des tunnels bruxellois a éclaté, nombreux sont ceux qui y ont vu une métaphore de l’infrastructure en Belgique : en décrépitude. » « Mais ce sentiment de pays en délabrement est-il confirmé dans les faits ? Au fil de notre enquête (…) il faut hélas répondre par l’affirmative.»

Selon le journal, « depuis un quart de siècle, les pouvoirs publics investissent moitié moins (en % du PIB) que dans les années ’70. »

Dominique Berns écrit : « Pas besoin d’être un expert pour comprendre qu’à ce rythme, ce capital collectif – qui soutient la vie sociale et le développement économique – se détériore. C’est pareil avec votre habitation : si vous ne réparez pas la fuite dans le toit, au bout d’un certain nombre d’années, c’est toute la toiture qu’il faudra remplacer. A condition d’en avoir les moyens.»
Les années ’80 furent des années d’austérité budgétaire. Celles des gouvernements Martens-Gol. Les investissements publics furent lourdement mis à mal durant ces années.

« Il est d’autant plus tentant de reporter des dépenses d’investissement que la dégradation des infrastructures ne se remarque que bien plus tard. ».

Béatrice Delvaux insiste : « En partie pour des raisons de contraintes budgétaires, en partie pour des raisons électorales (….) Qui est assez naïf pour mettre de l’argent dans du béton que personne ne voit et qui ne montre son intérêt que sur le long terme ? »

Dominique Berns reprend : « Le coup de frein a (en Belgique) été plus brutal que dans les autres pays (européens). »

« L’échelon fédéral ne réalise plus que 10 % des investissements publics. Depuis 20 ans ce sont les entités fédérées (Régions et Communautés) et les pouvoirs locaux qui dans notre pays, ont reçu la charge d’entretenir l’essentiel du capital collectif. Et l’on sait que ces entités ont été, initialement, sous-financées.»

Béatrice Delvaux ajoute : « Une cote d’alerte est atteinte à différents endroits du pays. Et le constat est – enfin – fait : ne pas investir dans les infrastructures est un manquement grave au devoir de bon père de famille que doit être l’Etat. Cela met son patrimoine et sa population en situation précaire, voire en danger. La Belgique ne peut continuer à se comporter comme un pays sous-développé ».

Bernard Demonty pointe aussi des problèmes de gestion par les pouvoirs publics : « absence totale de chiffres qui permettent d’évaluer avec précision les investissements de ces dernières années », « manques d’évaluation des politiques publiques qui permettraient, demain d’en faire plus avec moins. » « Difficile de mener une politique d’investissement de long terme sans suivi chiffré. C’est le b.a.-ba ».

Xavier Counasse insiste : « Coté wallon, les chiffres d’investissement dans le réseau électrique sont introuvables ».
Les chiffres, ils commencent à apparaître. Dominique Berns en donne : « Un quart de siècle de sous-investissement ça finit par créer une énorme…«dette cachée». Prenez les routes wallonnes : il faudrait (…) 5 milliards sur 10 ans (et cela n’englobe pas les besoins de réfection des voiries communales).»

« Le réseau d’égouts bruxellois est mal en point. Les communes ont longtemps négligé le problème. Par manque d’intérêt électoral, sans doute en partie. Mais aussi parce que rénover coûte très cher : 500 km d’égouts (sur près de 2000 km) à rénover en priorité pour une facture globale de 1,5 milliard. Les travaux sont prévus pour durer 20 ans ».

Xavier Counasse le constate : lorsque les infrastructures sont payantes pour le citoyen (comme pour le gaz ou l’électricité), « leur situation n’est absolument pas comparable à celle des tunnels qui s’affaissent. » « Ce n’est pas le politique qui prend les décisions d’investir mais les sociétés elles-mêmes qui doivent remettre chaque année un plan d’investissement (sur 3 ou 5 ans) à leur régulateur ». « Nos gouvernements n’ont donc jamais besoin d’aller gratter les fonds de tiroir pour investir en catastrophe dans un morceau de réseau oublié » « Ce système permet de ne jamais sous-investir ». « Insistons sur le rôle du régulateur dans ce modèle, qui est chargé de la fixation des tarifs de distribution. D’un côté il doit veiller à mettre en place des incitants financiers (…) à investir. De l’autre, il doit veiller à (…) maintenir sous contrôle la facture finale du consommateur. Un travail d’équilibriste. »

Mais pour les infrastructures non payantes, comment résoudre ce problème de sous-investissement ? Dominique Berns tente une solution « Les Etats (…) devraient profiter des taux d’intérêt historiquement bas pour investir massivement dans les infrastructures,….. ».

« Cela doperait à terme la croissance potentielle. Mais voilà : les Etats n’en ont pas réellement les moyens – en tout cas, le pensent-ils. Car ils sont endettés ; et, en zone euro, corsetés par des règles budgétaires absurdes qui, au nom d’une prétendue « règle d’or », leur interdisent ce qu’il ne viendrait à l’idée de personne d’interdire aux entreprises privées : s’endetter pour investir. »

Béatrice Delvaux insiste sur la position de Philippe Maystadt : « Les Européens et en particulier Eurostat, doivent desserrer leurs règles et permettre qu’un Etat puisse emprunter pour financer les dépenses d’investissement. »

« Ce sont ces dépenses-là, nécessaires pour maintenir la colonne vertébrale d’un pays qui permettront de relancer la croissance et l’emploi en Europe. Qu’est-ce qu’on attend ? » Demande-t-elle.

Dominique Berns tente une réponse : « C’est peut-être qu’il manque une vision pour l’avenir… ».