Quel budget communal pour l’entretien des routes ?

A ce jour, il n’existe pas en Belgique, d’estimation du budget idéal nécessaire pour un bon entretien du réseau routier communal.

C’est pourquoi nous voulons lancer ce débat dans le cadre du Salon des Mandataires et publier ici notre estimation.

Nous considérons qu’il y a 2 types d’entretiens :

  • l’entretien de la couche supérieure qui vise à prévenir ou réparer l’apparition des fissures et surtout à éviter l’apparition de nids-de-poule,
  • l’entretien structurel qui permet de rétablir la capacité d’une voirie à supporter le passage des poids lourds.

 

 

 

1° Entretiens périodiques optimaux de la couche supérieure :

Nous proposons ci-dessous un scénario idéal d’entretien de la couche supérieure d’une voirie communale neuve :

An 0 : route neuve

An 8 : enduit/schlammage – valeur indicative 2 euro/m²

An 16 : idem

An 44 : rabotage-pose – valeur indicative : 12 euro/m²

(retour à l’état initial de l’an 0)

Coût annuel optimal de l’entretien de la couche d’usure = 16 euro/m²/44 ans = 0,36 euro/m²/an

2° Entretiens structurels optimaux (si la couche supérieure a été entretenue correctement) :

Estimation de 30 euro/m²/intervention. (Remplacement des 10 cm d’enrobé + réfection ponctuelle des couches de fondation)

En fonction du trafic, ces réfections structurelles devraient avoir lieu tous les 30 à 60 ans.

Coût annuel de la rénovation structurelle périodique : entre 0,5 et 1 euro/m²/an

 Soit un budget optimal  d’entretien global compris entre 0,86 et 1,36 euro/m²/an, en fonction de l’intensité du trafic sur les différentes voiries communales. Ce coût optimal ne peut être atteint que si les entretiens de voiries se font aux moments les plus opportuns sur chacune des voiries.

Si les entretiens sont postposés en raison de difficultés financières, ces retards généreront par la suite des coûts supplémentaires très significatifs.  (Voir annexe ci-dessous)

Conclusions

Il y a 48.000 km de voiries subsidiées en Wallonie. En 5 m de large, cela représenterait une superficie de 240 millions de m². Le budget pour un entretien optimal des voiries communales représenterait donc  un budget global compris entre 210 et 340  Millions d’euro/an. Or, le budget actuel pour l’entretien des voiries communales wallonnes est de MAX.  90 millions d’euro/an.

Le budget consacré à l’entretien des routes wallonnes devrait donc être au moins le double de ce qu’il est actuellement pour assurer un entretien normal du réseau.

 

 

A l’inverse, avec un budget de 90 millions d’euro/an pour l’entretien des routes communales, celles-ci ne peuvent que continuer à se dégrader.

Annexe – Coût du report des entretiens de voiries communales

Cas 1

Lorsqu’une route commence à présenter de légères dégradation, il est recommandé de programmer un entretien préventif (« enduisage/schlammage » – valeur 2 euro/m² ).

Cet entretien (renouvelable après 8 ans) permet d’obtenir une route quasiment neuve. L’entretien préventif de la couche supérieure coûtera donc environ 0,25 euro/m²/an (= 2 euro/m²/8 ans).

A l’inverse, en l’absence d’entretien préventif effectué en temps opportun, on devrait procéder,  quelques années plus tard, à un entretien curatif (“rabotage-pose”) pour une valeur 12 euro/m² (renouvelable après 25 ou 30 ans, en fonction de différents paramètres). Ce scénario d’entretien coutera donc environ 0,40 euro/m²/an (=12 euro/m²/30 ans). Le report de cet entretien préventif entrainera une augmentation de 60 % du coût annuel de l’entretien de cette voirie.

image du texte 09022015

Cas 2

Quand une route présente des dégradations peu profondes, un renouvellement de la couche supérieure est nécessaire (“rabotage-pose” – valeur 12 euro/m²- renouvelable tous les 30 ans – coût 0,4 euro/m²/an ).

Si on laisse les dégradations se propager pendant 5 à 10 ans, c’est un renouvellement généralisé sur 10 cm (route communale) et une intervention localisée sur la fondation qui devront être réalisés (valeur 30 euro/m² minimum). Soit un coût annuel qui passera à 0,75 euro/m²/an minimum. (=30 euro/m²/40 ans). Soit une augmentation de 90 % du coût annuel.

Conclusion

Entre une voirie communale entretenue en temps opportuns et une voirie communale que le gestionnaire communale laisse se dégrader complétement, le coût de l’entretien annuel  augmentera de 60 à 90 %. Et ceci sans tenir compte des gênes provoquées au trafic et aux riverains, ni des dégâts aux véhicules, ni des coûts liés aux réparations des nids de poule qui apparaitront.

La démonstration est donc claire : avec les budgets communaux actuels le nombre de kilomètres de voirie en mauvais état ne peut qu’augmenter d’année en année.